Stratégie nationale de l’ESS : une abstention massive pour dénoncer le désengagement de l’État
Temps de lecture : 3 minutes.Le 9 juillet 2026, l’ESS, les collectivités territoriales et les partenaires sociaux se sont abstenus sur la Stratégie nationale de développement de l’ESS (SNESS), adoptée par les seules voix de l’État. En cause : des ambitions affichées, contredites par un désengagement budgétaire massif. Un constat qui rejoint celui de l’UFISC, portée dès juillet 2025 dans sa contribution culture à la SNESS, appelant à un plan d’investissement réel plutôt qu’à une stratégie sans moyens.
En juillet 2025, l’UFISC contribuait au chantier de la Stratégie nationale de développement de l’économie sociale et solidaire (SNESS), portant 20 préconisations pour une revitalisation culturelle sociale et solidaire. Un an plus tard, l’actualité de ce texte n’a fait que se renforcer, et prend un relief particulier à la lumière du vote qui vient de se tenir.
Le 9 juillet 2026, réunis en Conseil supérieur de l’ESS, les acteurs de l’économie sociale et solidaire, les collectivités territoriales (AMF, Régions de France, RTES) et les partenaires sociaux ont fait un choix fort : s’abstenir sur le texte final de la SNESS. Sur 50 voix, seules les 8 voix de l’État ont porté le texte à l’adoption.
La raison de cette abstention massive ? Une stratégie qui affiche des ambitions réelles, mais que les signaux budgétaires du gouvernement contredisent frontalement : transferts de charges vers les mutuelles, reculs sur la transition écologique, fin de l’exonération de taxe d’apprentissage pour les organisations non lucratives, sous-financement chronique de la santé et des solidarités, fragilisation des secteurs culturels, de la formation et de l’éducation, baisse des lignes ESS à Bercy. Comme le résume ESS France : « une stratégie sans moyens n’est pas une stratégie : c’est une déclaration d’intention« .
Ce constat fait écho à celui que l’UFISC portait dès juillet 2025. Notre contribution alertait déjà sur un champ culturel citoyen – plus de 360 000 associations et initiatives, dont 40 000 employeuses, plus de 300 000 salarié·es, 7 milliards d’euros de budget annuel – largement invisibilisé dans les politiques publiques et confronté à une double crise, austéritaire et réactionnaire. Nous appelions alors à un plan ambitieux de soutien et d’investissement, construit par un dialogue et une coconstruction réels entre citoyennes et citoyens, acteur·ices de l’ESS, État et collectivités territoriales.
Nos 20 préconisations s’articulaient autour de quatre axes :
- une politique de la diversité culturelle (pérennisation et diversification des financements, conventions pluriannuelles d’objectifs, garantie des libertés de création et associatives, abrogation du Contrat d’Engagement Républicain) ;
- un pacte pour l’emploi culturel (soutien aux TPE culturelles, à l’emploi des jeunes, renforcement des réseaux d’accompagnement) ;
- un appui aux pratiques de coopération, d’innovation et de transition (fonds coconstruit pour la coopération culturelle, mécanismes de solidarité financière) ; et
- une coconstruction démocratique renforcée entre l’État, les collectivités et l’écosystème culturel.
Un an après, le diagnostic s’aggrave ! Les coupes annoncées pour les budgets 2026 et 2027, la multiplication des atteintes aux libertés associatives et de création, la fragilisation continue des structures les plus précaires confirment, chiffres à l’appui, l’urgence de nos préconisations. L’abstention du 9 juillet n’est pas un désaveu de la stratégie elle-même, mais un signal clair envoyé à l’État : sans moyens à la hauteur, les mots ne suffisent pas.
L’UFISC, aux côtés du MES – Mouvement pour l’Economie Solidaire dont elle est membre, partie prenante d’ESS France, continuera à porter cette exigence de cohérence entre les paroles et les actes – et surtout les moyens !
► Découvrir la SNESS portée par ESS France.
► Lire le communiqué d’ESS France suite au vote de la SNESS « Stratégie nationale de développement de l’ESS : une dissonance entre les paroles et les actes »(09/07/2026).
► Lire aussi : la lettre ouverte de la MCAC – Mobilisation et Coopération Art & Culture au gouvernement sur la fragilisation croissante du champ culturel citoyen (07 juillet 2026).