1. Ce qui nous unit

1.1. Nos spécificités

Témoignant d’un véritable phénomène de société, le secteur du spectacle vivant s’est particulièrement développé depuis trente ans: les musiques actuelles, le théâtre de texte, le théâtre d’objets, le théâtre gestuel, la danse, les arts du cirque, les arts de la rue… Ce développement s’est traduit à la fois par l’accroissement du secteur professionnel, par l’explosion de la pratique artistique amateur et par l’introduction de tout un pan du secteur du spectacle vivant dans un espace alternatif et intermédiaire, entre le domaine du service public et celui des services marchands. Riches et diverses, ces nouvelles formes du spectacle vivant sont de plus en plus hypothéquées par un déséquilibre entre l’engouement qu’elles suscitent et les moyens dont elles disposent pour permettre et alimenter les démarches artistiques professionnelles et/ou amateurs, sur les plans tant de la création et de la diffusion que de la transmission.

Ces initiatives artistiques et culturelles se sont construites sur la base d’une économie plurielle, cherchant à développer de nouvelles activités qui répondent à des besoins non satisfaits. En s’appuyant sur leur travail de proximité, elles se sont professionnalisées, elles ont suscité de nouveaux réseaux et elles ont élaboré une logique de développement qui ne se limite pas à la production et à la diffusion des œuvres. Cette multitude d’expériences est née de la conviction qu’une autre manière de faire était possible et que le rapport du public aux œuvres créées ne pouvait pas s’établir sur les seuls critères du système marchand. Leur pouvoir d’imagination et leur esprit d’initiative se sont construits sur la nécessité de remettre la personne au cœur de la société.

Nous, UFISC, entendons représenter cet espace innovant, promouvoir ce champ d’expérience dans le domaine des arts vivants, faire valoir nos réflexions et nos revendications pour défendre ce secteur et proposons une voie fédératrice pour exiger d’autres processus de légitimation des productions artistiques et culturelles. C’est en refusant la rationalisation dominante – pour ne pas dire systématique – des critères de sélection que les structures artistiques et culturelles s’opposent autant à la logique « d’excellence » pratiquée par l’intervention publique qu’à celle de la rentabilité financière constitutive des industries culturelles. Attachées à leur indépendance, source de créativité et d’innovation, elles constituent cet espace intermédiaire et alternatif qui est le noyau vital de toute société en progrès.

1.2. Nos valeurs

1.2.1. L’art, moteur de la démocratie

Pour partie, les fondements de la démocratie reposent sur le respect et la prise en considération des différences qui existent entre ses membres. L’art contribue à la mise en pratique de ces deux principes. En faisant appel à son imagination, l’homme fait dans l’art l’expérience de mondes possibles donc l’expérience de la différence et de la pluralité :

  • la différence, parce que l’art naît dans l’écart au réel ordinaire et propose des objets différents comme autant de points de vue sur une même réalité ;
  • la pluralité, parce qu’un possible admet un autre possible, même contraire, faisant que les œuvres d’art ne s’excluent pas entre elles mais coexistent comme autant d’univers complémentaires.

L’art participe ainsi au développement de la personnalité de chacun et au respect de celle des autres, et favorise l’évolution et le maintien de la vitalité des sociétés démocratiques.

La démocratie, c’est aussi la construction collective d’un « vivre-ensemble », qui à la fois s’enracine dans les singularités et les différences de chacun, et les transcende. Au-delà des formes historiques de cette construction, l’évolution de notre société vers une économie de services et de production immatérielle suppose que s’établissent et se renforcent de nouveaux types de relations humaines – pour lesquels nous militons – simultanément très individualisés et socialisés. Profondément actuelle, l’expérience artistique est tout à la fois singulière et collective, qu’elle soit vécue à l’intérieur ou à l’extérieur de la création (artistes, spectateurs, amateurs). C’est sur la relation que se fonde l’art, une relation qui englobe dans une même interaction, dans un même échange, une œuvre, son créateur et le destinataire de cette œuvre. Résultant de l’esprit et des relations humaines, l’œuvre d’art est destinée à la communauté et ne peut donc pas être envisagé comme une simple marchandise. De ce fait, l’art n’a pas pour objectif l’accroissement des biens et des richesses privés. Il relève d’abord de l’intérêt collectif pour l’enrichissement de chacun et de tous les citoyens. L’expérimentation artistique tout comme l’expérimentation scientifique, participe au développement de la connaissance. L’art ainsi joue un rôle essentiel dans le développement de la conscience et du regard critique à propos de l’être humain et de la société.

Par sa nature collective et son histoire, le spectacle vivant est aussi un art particulièrement emblématique des enjeux de la démocratie et d’une dynamique entre singularité et communauté.

1.2.2. Initiative privée et autonome de gestion

La raison d’être des structures représentées par l’UFISC est de concrétiser et de structurer, collectivement, un projet artistique et culturel, qu’il soit ponctuel ou conçu sur la durée. La plupart de ces structures se sont constituées en associations régies par la loi de 1901 parce que leur finalité n’est pas lucrative et que leur gestion est désintéressée. Leur dimension collective et artisanale place le travail et les hommes et non le capital, au cœur des projets qu’elles défendent. Ces structures sont issues d’initiatives privées et indépendantes. Elles relèvent du droit privé et revendiquent la liberté de choisir en toute autonomie le mode de gestion et d’organisation adapté au projet artistique et culturel qu’elles développent. Leur indépendance s’affirme tant dans les choix artistiques que dans ceux de gestion. Ces choix ne sauraient être directement contraints, ni par les obligations de rentabilité immédiate propres au marché, ni par les mécanismes administratifs d’attribution propres aux politiques d’aides publiques.

1.2.3. Implication sur un territoire et rapport aux populations

Les structures représentées par l’UFISC sont particulièrement attentives aux contextes des territoires sur lesquels elles agissent. La plupart d’entre elles participent activement à leur dynamisation. Elles privilégient les partenariats durables avec les autres acteurs territoriaux : collectivités, populations, associations, structures partageant les mêmes valeurs. Souvent motrices de ces mises en synergie collective, elles contribuent à une meilleure cohésion sociale sur un territoire. Le contact direct avec les acteurs locaux est une caractéristique fondamentale de ces structures : elles contribuent à un maillage plus dense et plus cohérent du territoire en matière d’offre culturelle. Ce maillage est renforcé par les multiples échanges qu’elles développent avec les équipes d’autres territoires aux plans local, régional, national, européen et international. Ces structures offrent ainsi une alternative à l’extension exponentielle et non régulée du modèle dominant de vedettariat au sein duquel attention et richesses se concentrent sur un petit nombre d’artistes et de lieux.

1.2.4. Diversité culturelle et missions d’intérêt collectif

Les structures représentées par l’UFISC contribuent à la diversité culturelle par la multiplicité de leurs identités, formes, publics, créations, activités et disciplines artistiques. Différentes et complémentaires, elles participent à l’évolution de la société et à l’enrichissement sensible et intellectuel des individus qui la composent. Elles développent ainsi les missions d’intérêt collectif suivantes :

  • elles réalisent une part significative de la création contemporaine en matière de spectacle et constituent l’espace privilégié d’émergence et d’innovation des arts vivants ;
  • elles soutiennent le développement des démarches artistiques amateur, vecteur d’enrichissement et d’épanouissement des individus ;
  • elles participent à l’accès d’un plus grand nombre aux démarches artistiques ;
  • elles participent par leurs actions culturelles à la dynamisation du tissu associatif local et au développement du lien de proximité des populations sur leurs territoires.

1.2.5. Une économie plurielle

Soucieuses de leur autonomie, les structures représentées par l’UFISC se construisent dans une économie « plurielle » : la mise en place de leurs projets et le développement de leurs activités font appel aux ressources de logiques économiques variées.

Se démarquant d’une idéologie selon laquelle le marché serait le seul principe de régulation des échanges, elles ont diversifié leurs ressources associant des principes de marché (billetterie de spectacle, prestations diverses), de redistribution (financements publics au titre des missions de service public mises en œuvre) et de réciprocité (forte implication bénévole, mutualisation, partage des ressources et des savoirs). Cette spécificité fait la richesse des structures qui allient pragmatisme et expérimentation en accord avec leurs projets artistiques et culturels.

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