3. Ce que nous revendiquons
Sur la base de nos valeurs communes, qui renvoient aussi à la défense des droits de l’Homme, à la diversité culturelle, au développement durable et à la démocratie participative et compte tenu des modes de fonctionnement de notre secteur, nous, UFISC, militons pour les principes suivants dans le spectacle vivant.
3.1. Primauté de la diversité artistique et culturelle
La diversité culturelle prend forme à travers le caractère original et pluriel des identités des groupes et des individus. Elle se construit dans une relation dynamique entre sociétés et territoires. La diversité culturelle, terreau de l’échange, de l’innovation et de la création, est « pour le genre humain, aussi nécessaire qu’est la biodiversité dans l’ordre du vivant ». « Elle constitue le patrimoine commun de l’humanité » (Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle de novembre 2001 – article 1). Aussi, défendre les droits culturels, c’est défendre la diversité culturelle dans la mesure où ces droits reconnaissent à chacun une créativité et une expression propres, des traditions et des pratiques spécifiques, qui contribuent à « une existence intellectuelle, affective, morale et spirituelle plus satisfaisante pour tous » (Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle – article 3).
Les droits culturels font partie intégrante des droits de l’Homme. La liberté artistique et culturelle des individus et des groupes est une condition essentielle à la démocratie. C’est un droit d’accès de chacun aux ressources nécessaires à son développement personnel et social, mais aussi un devoir d’échange et de compréhension avec les autres.
En conséquence, nous, UFISC, nous engageons à :
3.1.1. – Contribuer au maintien et au développement de la création et des pratiques artistiques qui, par leur dimension sensible et intellectuelle, participent pleinement à la construction de l’être humain, au développement de son esprit critique, de son ouverture aux autres et sur le monde.
3.1.2. – Défendre le respect des différentes formes d’expression et de représentation artistiques et culturelles, le développement de la capacité créatrice à travers la multiplicité de ses formes matérielles et immatérielles, face aux risques d’homogénéisation, de concentration ou de repli identitaire liés à la mondialisation.
– Refuser tout type de hiérarchie entre les formes d’expression artistique et culturelle et toute référence à la notion d’« excellence artistique ».
– Agir pour créer des conditions propices à la production et la diffusion d’œuvres, de biens et de services culturels diversifiés.
– Encourager l’échange entre les diverses formes d’expression et de représentation artistiques et culturelles.
3.1.3. – Défendre l’expérimentation artistique, en tant que maillon essentiel de la diversité culturelle et agir pour une transformation profonde des logiques actuelles de l’offre artistique, afin que toute la place soit désormais donnée à chaque identité et aux parcours culturels de chacun.
– S’opposer, en défendant la diversité des modes d’expression artistique, à toute volonté d’imposer des modèles culturels figés.
3.1.4. – Défendre des modes artisanaux de production et de diffusion des œuvres artistiques, comme partie intégrante et élément irréductible du développement culturel qui ne doit pas être structuré seulement par les industries et les médias culturels.
– Contribuer à ce que ces modes artisanaux entrent en interaction avec les nouveaux usages participatifs et créatifs permises par les nouvelles technologies de l’information et de la communication.
3.1.5. – Œuvrer pour que l’espace public demeure un bien collectif qui autorise toutes les expressions artistiques et culturelles de tous les citoyens.
– Travailler à l’évolution de la réglementation des espaces publics, en vue d’une libre confrontation de tous les citoyens à cette diversité d’expression.
– Faciliter la libre circulation des artistes et des acteurs culturels, afin de contribuer à la coopération culturelle entre les populations et à la constitution d’une communauté humaine solidaire.
3.1.6. – Militer pour que la politique culturelle se fonde sur la notion de citoyen, plutôt que sur celle de public et que cette politique permette une égalité de droits sur l’ensemble du territoire.
– Résister à la conception consumériste qui limite le citoyen à sa seule fonction de récepteur d’œuvres artistiques produites par des professionnels.
– Favoriser la participation du plus grand nombre dans l’expression, la production et la valorisation des processus artistiques.
– Revendiquer la co-construction des projets artistiques et des politiques culturelles avec tous les acteurs concernés, pour une participation active de chacun à la vie sociale et culturelle.
3.1.7. – Exiger la réorientation fondamentale des politiques publiques et des financements des divers partenaires institutionnels vers des dispositifs adaptés aux réalités des structures artistiques et culturelles d’initiative indépendante. Sans cette réorientation, les efforts localisés de réorganisation collective ou de mutualisation des coûts entre structures volontaires se révéleraient vite inopérants. Contribuer au développement des structures d’initiative indépendante et leur accorder une égalité d’écoute et de droit, c’est garantir la variété des propositions et des échanges artistiques.
3.1.8. – Combattre une institutionnalisation démesurée et la prédominance excessive du marché comme uniques décideurs de l’attribution des ressources dédiées à l’art et la culture. Ces deux tendances génèrent des déviances dangereuses et constituent un obstacle au développement dynamique des systèmes culturels.
– Revendiquer l’initiative privée à d’autres fins que lucratives, à travers le développement d’organisations indépendantes relevant d’un « tiers secteur », distinct tant du secteur marchand que du secteur public. Permettre ainsi l’existence d’un troisième pilier indispensable pour garantir l’équilibre du développement artistique et culturel ainsi que la juste répartition des ressources disponibles.
3.1.9. – Exiger que soient justement valorisés les apports de la création artistique et de la diffusion culturelle dans l’émancipation des peuples et leur conquête du droit démocratique d’affirmer leur identité, de même dans les relations et les échanges entre les cultures. Qu’ils soient amateurs ou professionnels, de nature artisanale ou industrielle, individuelle ou collective, les processus et les œuvres artistiques ne doivent pas être « considérés comme des marchandises ou des biens de consommation comme les autres » (Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle – article 8).
– Faire reconnaître que l’art et la culture sont des facteurs de création de richesse et de développement économique et que les activités et les personnes qui y sont rattachées doivent être justement rémunérées pour ce qu’elles produisent.
3.2. Primauté de la coopération
Les différentes formes possibles de coopération sont le fondement même de toute valeur, tant symbolique qu’économique, des activités humaines. L’actuelle hégémonie des principes exacerbés de concurrence et de compétitivité conduit à un appauvrissement global de la nature et de la condition humaines. Un autre mode de développement et de production de la richesse est possible. Plus qualitatif, il repose sur des formes de gestion et d’organisation partagées et solidaires qui privilégient la personne humaine dans toute activité entreprise.
En conséquence, nous, UFISC, nous engageons à :
3.2.1. – Promouvoir la co-gestion des projets et la gestion partagée des structures comme modes de gouvernance les mieux adaptés aux objectifs de ses membres, en particulier auprès des entreprises culturelles et artistiques qu’elle rassemble.
– Faire en sorte que les salariés, permanents, temporaires ou intermittents, fortement impliqués dans les structures et les projets soient partie prenante de leur gestion collective.
– Lutter pour que la pleine participation des salariés s’inscrive tant dans les usages informels du secteur, que dans son encadrement réglementaire (dont les Conventions collectives), ou dans la mise en œuvre de ce cadre par chaque entreprise.
3.2.2. – Militer pour des formes nouvelles de sécurisation professionnelle, économique et sociale pour tous, contrepoids collectifs indispensables pour réguler ou s’opposer à une économie et un marché de l’emploi hyperflexibles. La nécessité d’une réelle « sécurité sociale professionnelle » concerne fondamentalement l’ensemble de la société capitaliste régie aujourd’hui par l’innovation et la flexibilité. Ce sujet est particulièrement sensible dans les milieux artistiques.
– Œuvrer pour que des formes de redistribution d’une part accrue de la richesse collectivement produite soient mises en place au profit du plus grand nombre.
– Agir pour réduire la stricte opposition employeurs / employés, pour aller vers une conception des droits sociaux plus attachés à la personne elle-même qu’à son statut d’activité ou d’emploi et atteindre une meilleure sécurisation des situations personnelles.
3.2.3. – Prendre en considération l’ensemble du potentiel humain dans les entreprises ou les organisations, en particulier en ce qui concerne les relations de réciprocité avec les bénévoles et les volontaires. L’enjeu se situe alors plus sur le plan de leur développement personnel et de leur engagement culturel et social, que sur celui du développement des compétences et de l’insertion professionnelles.
3.2.4. – Promouvoir une véritable éthique de la gestion des entreprises associatives en prenant en compte la responsabilité particulière de leurs dirigeants (bénévoles ou salariés). Ceci exige une définition évolutive, mais à chaque fois précisée dans les organisations, des engagements et des responsabilités de chacun, en particulier quant aux rôles de donneur d’ordre et de décideur sur le plan économique et entrepreneurial.
3.2.5. – Affirmer, tout spécialement dans les organisations de taille modeste, l’importance du fonctionnement coopératif et de la polycompétence forte de la plupart des personnels, en particulier salariés
– Défendre ces deux caractéristiques dans toutes les négociations institutionnelles. En particulier dans les négociations paritaires, le cadre de référence ne peut plus simplement être le modèle unique de l’organisation de grande taille, où la division sociale du travail est bien plus développée et où la pérennité de l’activité est mieux garantie par la puissance publique.
– Faire reconnaître la pédagogie et l’action culturelle comme potentialité et modalité d’expression à part entière des compétences artistiques, en particulier des professionnels du spectacle vivant.
3.2.6. – Poursuivre et renforcer la reconnaissance des efforts collectifs d’analyse et de réflexion, d’organisation et de mutualisation pour les projets, structures et organisations, en s’appuyant en particulier sur la dynamique des réseaux affinitaires.
3.2.7. – Encourager la solidarité et la coopération étroites entre les structures artistiques et culturelles oeuvrant sur un même territoire. Militer pour que cette gestion partagée serve autant les objectifs de chacun que l’intérêt général sur le ou les territoires concernés. La coopération avec des organisations similaires dans d’autres pays fait partie de l’engagement coopératif, dans la mesure des moyens propres de chacun.
3.3. Primauté de l’initiative citoyenne à buts autres que lucratifs
Le profit ne peut être la seule finalité de l’activité économique, car ce serait laisser gouverner toute l’activité des entreprises selon le seul critère de la rentabilité financière. L’action dans les domaines environnemental, social, politique, artistique et culturel ne peut être subordonnée à l’intérêt financier. La raison d’être des structures représentées par l’UFISC est de concrétiser et de structurer collectivement un projet artistique et culturel, qu’il soit ponctuel ou établi sur la durée. Les buts de ces organisations sont clairement autres que lucratifs et leur gestion est désintéressée dans le sens où l’homme, son activité et son œuvre prévalent sur le capital. De ce fait, ces structures relèvent essentiellement du statut associatif et appartiennent au « tiers secteur » artistique et culturel.
Pour donner une véritable identité à l’espace représenté par l’UFISC, il apparaît indispensable d’aménager un cadre législatif qui reconnaisse la pluralité des modes économiques. Il s’agit en particulier d’inventer les dispositions juridiques et fiscales pour que les initiatives citoyennes sans but lucratif ne soient plus systématiquement tiraillées entre les logiques marchandes et les logiques d’administration publique.
En conséquence, nous, UFISC, nous engageons à :
3.3.1. – Promouvoir le réinvestissement de l’ensemble des excédents financiers éventuels dans le projet artistique et culturel, quel que soit le statut juridique des structures.
3.3.2. – Revendiquer le mode spécifique de fonctionnement qui mélange les ressources de l’économie de réciprocité (échanges non monétaires, comme dans le volontariat et le bénévolat), de l’économie marchande (ventes de biens et de services) et de l’économie redistributive (subventions publiques ou civiles).
3.3.3. – Intervenir pour que le « tiers secteur » artistique et culturel dispose d’un espace juridique suffisamment spécifique et stabilisé.
3.3.4. – Défendre l’idée que, à durée égale de travail, l’écart des revenus du personnel au sein d’une même structure soit limité, dans la mesure où la valeur d’échange finalement récoltée est d’abord le fruit du travail collectif.
3.3.5. – Définir de manière pertinente les rôles, droits et obligations respectifs liés aux statuts de bénévole, de volontaire, de stagiaire dans le cadre du tiers secteur du spectacle vivant.
3.3.6. – Défendre l’idée qu’une organisation disposant de moyens conséquents (humains, spatiaux, techniques, financiers…) se doit de soutenir le développement des structures émergentes ou moins favorisées sur son territoire ou dans son secteur d’activité, plutôt que le renforcement de sa position hégémonique au détriment d’une diversité de projets et d’initiatives.